CAMBODGE, ME VOICI

Écrit et mis en scène par Jean-Baptiste Phou

REVUE DE PRESSE

Le Petit Journal du Cambodge

Un an après sa création en France, la pièce Cambodge, me voici, écrite et mise en scène par Jean-Baptiste Phou, a été adaptée en khmer, puis présentée au public phnompenhois les 8 et 9 septembre. Une première émouvante, et assurément réussie, à en juger par les réactions que nous avons recueillies samedi à la sortie du Théâtre Chenla.

Dans la salle comble du Théâtre Chenla, les rires ont fusé le soir de la première de Cambodge, me voici. Sans doute y a-t-il eu des larmes aussi, inaudibles elles. Dans l’obscurité de la salle, on devine que les histoires douloureuses retracées dans la pièce sont aussi celles d'une grande partie du public. Sopheak, spectateur cambodgien de 29 ans, nous confiera à la fin de la représentation : ''Il y a eu des moments très pesants à propos du génocide. Je suis triste mais paradoxalement, apaisé. Le rire m’a aidé à supporter cette souffrance commune au peuple cambodgien.''

"Admettre que l’on a souffert n’est t-il pas suffisant ?"

Une souffrance commune, c’est notamment ce qui lie les quatre personnages féminins de la pièce, qui se rencontrent fortuitement au Consulat du Cambodge en France. Elles ont chacune leur raison de se trouver ici : Sophea (Kauv Ly Yann), la plus jeune, née en France, projette de visiter son pays d’origine. Sovandara (Pumtheara Chenda), elle, a quitté le Cambodge par amour pour son ''chevalier blanc'' : il lui faut désormais obtenir les papiers qui lui permettront de rester dans ''le pays des Droits de l’Homme''. Mom (Yim Nimolika), qui ''a trouvé un équilibre en ses allers-retours'', cherche à obtenir un passeport pour la petite fille cambodgienne qu’elle projette de ramener en France. Metha enfin (Dy Saveth), la plus âgée, doit retourner au pays 38 ans après l’avoir quitté, parce que ''[sa] mère est mourante et [la] réclame''. Quatre parcours, incarnées par quatre comédiennes aux sensibilités différentes, toutes superbes dans leurs rôles que l'on croirait taillés sur mesure.


Photo © Julie Cassiau

Cambodge, je t’aime... moi non plus

A la fois cambodgiennes et ''occidentalisées'', ces femmes racontent tour à tour : leurs parcours, leurs doutes, leur attachement à leur pays d’origine. Conflits intérieurs et contradictions ouvertes dominent leurs témoignages : aux remarques très critiques émises sur le Cambodge (''rien ne marche dans ce pays'', dit Metha) succèdent ainsi des souvenirs attendris (Mom évoque ''l’odeur des bananes grillés'', ou ''le temps qui s’arrête'').

Les questionnements posés par la pièce interpellent beaucoup des spectateurs, qu’ils soient cambodgiens ou issus de la diaspora. A l’instar de Simon Chou, Franco-khmer de 49 ans, qui explique que la pièce a su rendre compte de ''la complexité de ses sentiments'', et de "la fracture entre les exilés d’Occident et leurs racines". San Panhchakpit, cambodgienne de 15 ans, a quant à elle appris ''des choses sur les réfugiés politiques. C’est intéressant de voir la confrontation des points des vues et ce que les Cambodgiens de France pensent sur le Royaume''.

Souriez, vous êtes clichés

L’adaptation khmère de Cambodge, me voici vise fort et juste. Mais si elle touche par la gravité de son sujet, la pièce regorge aussi de perles d’humour. Ainsi lorsque Metha évoque sa lignée royale, Mom l’exubérante lui rétorquera qu’elle n’a pas à se croire supérieure parce qu’elle porte... ''un nom de boulevard'' !

Un peu plus tard, les quatre femmes se retrouveront pour une danse traditionnelle, durant laquelle elles chanteront, avec humour et ironie, le portrait de ''la femme asiatique, exotique'' : celle-ci est notamment ''gracile et docile ; silencieuse et travailleuse''. Amusante parce qu’elle reprend un cliché aussi répandu qu’erroné, cette chanson est l’une des parenthèses musicales de la pièce, qui intègre danse et musique traditionnelle.

Une formule qui a assurément fait son effet, en ce soir de grande première au Théâtre Chenla. L'auteur et metteur en scène Jean-Baptiste Phou a réussi son entrée sur la scène phnompenhoise, et donné tout son sens au titre de son oeuvre : ''Cambodge, me voici'', aurait-il pu dire à son tour au public khmer, au nom de sa pièce.

Un seul regret : la création en khmère de Cambodge, me voici, produite par l'Institut Français du Cambodge, n’a fait l’objet que de deux représentations, les 8 et 9 septembre 2012, dans le cadre du Festival Lakhaon. On espère déjà un retour, ou une reprise en France, peut-être ?

Lire aussi:

"Cambodge, me voici": l'expression d'une "identité plurielle"

Le Festival Lakhaon change de registre pour son édition 2012

Céline Ngi avec Julie Cassiau (http://www.lepetitjournal.com/cambodge.html) 

Lundi 10 septembre

 

Toute la culture                                                                       Cambodge, me voici : de la complexité des retrouvailles

 

Quatre femmes. Quatre destins. Mais un pays d’origine en commun : le Cambodge. Entre rires, nostalgie, sarcasmes et parfois dénuement, ces quatre femmes se content et se rencontrent devant un guichet fermé du consulat cambodgien à Paris. Quatre voix pour mieux exprimer toute la richesse et la complexité de ce pays aux plaies encore mal cicatrisées.

Cambodge, me voici est la toute première pièce du jeune auteur et metteur en scène Jean-Baptiste Phou. Un texte pour explorer sa propre identité, celle d’un Français d’origine cambodgienne, mais pour aussi appréhender au sens plus large la question du déracinement. C’est en donnant la parole à ces quatre femmes qu’il arrive tour à tour à mettre le doigt avec subtilité et humour sur les douleurs et les amputations de ces histoires de vie, mais aussi sur les fantasmes et clichés dont se nourrissent les occidentaux à leurs égards.

Ainsi, Mom, rutilante de paillettes et de pacotilles et au franc-parler déroutant, se cache d’artifices pour mieux tenter de dissimuler cette douleur, celle d’avoir survécu au khmers rouges, d’avoir connu les camps de travaux forcés et d’avoir fait partie de cette génération de Boat People aux yeux du monde entier – bien que ce soit en avion qu’elle fut arrivée… Mais le mal du pays aujourd’hui se traduit aussi par sa quête à devenir mère, en essayant de partir adopter son « petit bout de Cambodge ». Une petite fille à qui offrir l’enfance qu’elle n’a pas eue et qui saurait peut-être combler la brèche de cette souffrance ?

Sovandara, quant à elle, débarque tout fraichement du pays pour retrouver François, sonBarang* de fiancé rencontré en ONG. Ces mêmes ONG devenues le poumon palliatif à l’insuffisance respiratoire du Cambodge. Elle aussi a connu « les évènements », synonyme du mot « génocide » qu’aucune d’entre elles ne prononce. Bien que toutes ces femmes ne soient que paroles, revendiquant un pays nouveau en reconstruction, à l’heure où les procès des anciens dirigeants khmers rouges commencent, 30 ans de silence n’ont pas permis le deuil et encore moins au mot « génocide » de se dire tout haut.

A contrario de Mom et Sovandara qui aiment en définitive éperdument leur terre d’origine, il y a la formidable et royale Metha, réfugiée politique d’avant l’heure, aujourd’hui totalement réticente à fouler de nouveau cette terre qu’elle n’a encore jamais revue. Elle n’a pourtant pas connu les « évènements », mais n’en souffre pas moins pour autant et vit depuis dans le rejet total de ce pays qui l’a vue naître. Sous son allure princière, elle aussi au fil de cette conversation fortuite, finira par laisser éclater, aux prises de ses propres contradictions, ce Cambodge qui sommeille en elle depuis si longtemps.

Et enfin, il y a Sophea, jeune et naïve, assoiffée de ses racines imaginées, celles que sa mère a tant voulu étouffer. Et c’est bien certainement derrière ce personnage que Jean-Baptiste Phou laisse crier son appel à lui du Cambodge. L’écho a semble t-il su résonner jusqu’au Mékong, puisque l'Institut Français du Cambodge l’accueillera en résidence cet été afin de présenter la pièce – en khmer cette fois-ci – lors du festival international de théâtre Lakahon se tenant en septembre à Phnom Penh.

Barang signifie Français en Khmer.

Le 01 mai 2012 Par Justine Hallard

http://toutelaculture.com/2012/05/cambodge-me-voici-de-la-complexite-des-retrouvailles/ 

 

La Théâtrothèque

 

Le mal du pays khmer sur une scène parisienne.

Si la pièce de Jean-Baptiste Phou nous touche au cœur, c’est parce qu’elle est vrai au sens du "Mentir vrai" d’Aragon. La salle ne s’y trompe pas qui vibre et rit et pleure même parfois. A travers la vie fictive de quatre femmes, ce que nous raconte ce jeune auteur, c’est la difficile relation de la diaspora khmère à son pays. Nés ici de parents réfugiés, ou ayant quitté le Cambodge avant ou après le cataclysme khmer rouge, les Khmers de France vivent sans doute tous quelque chose de très fort avec "un pays fantasmé, détesté, retrouvé", comme le dit l’auteur lui-même. Une quête que chacun vit comme il peut, une lutte – qui peut prendre des années – contre les peurs, les tabous, les clichés, le confort, les habitudes. Jean Baptiste Phou a eu le courage et l’énergie de mettre des mots sur cette réalité-là très peu traitée, pas toujours flatteuse, assez peu vendeuse...

A un moment, celui du procès des Khmers rouges, où la parole sur les années Pol Pot émerge enfin (même si mal, même si pas assez, même si tronquée), c’est bien qu’un jeune homme parle sans pudeur, sans langue de bois, de son pays – car c’est le sien, nul doute, malgré la parfaite intégration. En parle par la voix de quatre femmes qui se rencontrent par hasard dans la salle d’attente du consulat du Cambodge à Paris.

Il y a Mom, si fragile sous son côté bling bling, jouée par Vantha Talisman, une actrice du petit et grand écran (L’Odeur de la papaye verte) qui va chercher un "petit bout" du Cambodge, un enfant ; il y a Sovandara interprétée par Ravie Khing qui en a plein la bouche de son François, le Français qu’elle va épouser ; l’émouvante Sonadie San dans la peau de Sophea, une jeune fille de mère cambodgienne qui n’a jamais été là-bas ; le beau personnage de Metha, de sang plus ou moins royal, privilégiée qui n’a pas connu le séisme, que joue très justement Roat Chaya. Il y a l’amour et la haine mêlées pour ce petit pays pas comme les autres, la culpabilité de ne pas avoir été victime, la souffrance et la rage de l’avoir été, la volonté farouche de s’en détacher enfin, à jamais, et l’impossibilité de le faire, l’émotion qui submerge quand on pose le pied à Phnom Penh, les odeurs, les couleurs, la tiédeur de l’air...
 
Commencée sur un mode léger, un peu café du commerce (piques, réparties, plaisanteries), la pièce devient sombre (notamment quand une voix inquisitrice et froide, celle de Rotha Mœng, fait surgir le passé), puis grave. D’une gravité heureuse portée dans la dernière scène par Sophea, la jeune femme métisse si brûlante du désir de rencontrer cette terre dont elle ne connait pourtant rien sauf un lapin pendentif autour de son cou, pendentif, donné par sa mère cambodgienne. Ce lapin, c’est le lièvre facétieux des contes cambodgiens. Cette pièce, c’est un conte, un voyage qui nous embarque d’une banale et morne salle d’attente jusqu’au pays merveilleux de la terre et de l’eau. Un pays qui a besoin pour se relever, pour retrouver sa place (qui fut grande), des forces et des talents des Khmers de France et d’ailleurs. 

Par Dane Cuypers

Le  5 avril 2011

theatrotheque.com

 

Le Petit Journal du Cambodge 

 

THÉÂTRE - Première de Cambodge, me voici à Paris

C’est à guichet fermé que s’est jouée la première de Cambodge, me voici, de l’auteur et metteur en scène franco-khmer Jean-Baptiste Phou. L’action se déroule au consulat du Cambodge à Paris, où quatre femmes se retrouvent à confronter leur histoire. Près de 200 personnes sont venus découvrir cette comédie dramatique qui retrace les parcours d’exil et d’intégration des Khmers de France. Avis de spectateurs

Succès pour une pièce 100% cambodgienne (JBP)
 "Bravo, vraiment bravo. Très beau spectacle, subtil, fin, beau, touchant, très touchant. Merci, bravo".
Carine Ribert

"Très émouvant et très juste. Du rire aux larmes. Bel hommage au pays et au peuple khmer. Bravo ! Beau travail pour parler d’une histoire difficile".
Sunny Lauv

 
"Ce spectacle m'a bouleversé. J'ai découvert "un autre monde". Ce n'était pas seulement une pièce mais une révélation pour moi. Du vrai théâtre, de la vraie vie ! Vantha Talisman m'a impressionné. elle a le corps musical et une présence incroyable...A ce témoignage bouleversant, à toute cette souffrance et ce silence." 
Jean-Marc Albergel

"Très bien, à renouveler surtout pour les jeunes générations, 2ème, 3ème". 
Serey Mom Neou-Lacore

"J'ai été conquise par cette pièce que j'ai trouvé à la fois drôle et émouvante et surtout tellement humaine. Les propos nous touchent tous, Cambodgiens ou pas. Je suis ressortie de la salle avec un sentiment de nostalgie et l'envie de retrouver ce Cambodge que j'aime tant mais aussi avec l'envie de me documenter encore davantage sur l'histoire et la culture du pays."
Hélène Cardona

"Je suis soufflé par ce que Jean-Baptiste, à partir de quatre personnages a priori stéréotypés, arrive à extirper de justesse et de finesse. Le personnage (et la comédienne qui l'interprète) issu de la famille royale est à ce titre bouleversant."
Davy Chou

"Formidables actrices. La pièce aborde de nombreux sujets : intégration, racisme, etc. Bravo!"
Evelyne Longueville.

"Bravo pour la 1ère de la 1ère pièce sur le Cambodge, en souhaitant qu'elle puisse se jouer également au Cambodge et dans toute la France ! L'Association culturelle franco-khmère encourage cette production artistique et souhaite que Jean-Baptiste Phou et sa troupe nous donnent d'autres occasions de rencontres aussi belles et émouvantes." 
Anika Dy

Sébastien Loiret (www.lepetitjournal.com/cambodge.html) lundi 11 avril 2011 

Article du PetitJournal 

Cambodge Soir

L’auteur de la pièce Cambodge, me voici montre la douleur du déracinement des Khmers de France et l’impossible unité de la diaspora cambodgienne.  

La pièce de théâtre Cambodge, me voici, présentant un huis clos entre quatre Cambodgiennes de France, sera adaptée en khmer en vue d’une représentation au Cambodge, a annoncé son auteur, Jean-Baptiste Phou, à l’occasion de la projection d’une lecture de l'œuvre samedi 14 août au centre Bophana.

Déjà lue en avril dernier à la Maison du Cambodge à Paris,Cambodge, me voici met aux prises quatre femmes, représentant les différentes générations de la diaspora, lors d’une scène située au consulat du Cambodge en France en octobre 2008.

L’une d’entre elles, Sophea, est une jeune fille de 20 ans, n’ayant jamais vécu au Cambodge et bénéficiant, comme sa mère, du statut de réfugiée politique. Elle confronte son envie de retour à celle de Sovandara, 28 ans, mariée à un Français, Mom, 36 ans, rescapée des Khmers rouges, et Metha, 52 ans, exilée avant 1975.

Le dialogue entre les quatre femmes montre l’éclatement des parcours, des désirs et des mentalités des membres de la diaspora. Elles s’accusent d’avoir « bénéficié d’une enfance dorée au Cambodge », de « ne pas connaître le pays », de « parler de la guerre sans l’avoir vécue », de se prévaloir d’un « palmarès de la souffrance » et de chercher à « écraser [ses] voisins ».

« Il y a “Cambodge” et “Cambodge”, lance l’une d’entre elles. Finalement, nous n’avons pas grand-chose en commun. »

Sophea, Sovandara, Mom et Metha s’accordent néanmoins à critiquer les préjugés positifs dont elles se sont senties prisonnières en France, en raison de l’image de la femme asiatique souriante, travailleuse et docile.

Le seul homme de la pièce, apparaissant sous forme de flash back, intervient tour à tour pour annoncer à Metha la fermeture des frontières cambodgiennes, interroger Sovandara sur la sincérité de son mariage ou accorder la nationalité française à Sophea, qui la refuse.

« Selon les interprétations, cet homme peut représenter la voix du public, celle de l’administration, ou la conscience des personnages qui se matérialise », indique Jean-Baptiste Phou.

« J’ai choisi quatre femmes pour interpréter ces rôles pour qu’il y ait un dialogue. On dit souvent que dans la culture asiatique, les hommes ne parlent pas », ajoute-t-il.

Son propre parcours, proche de celui de Sophea, l’a conduit à s’interroger sur sa famille et son pays d’origine.

À ses débuts en tant que comédien en France, les origines asiatiques de Jean-Baptiste Phou l’ont limité à des rôles de « karatéka ou de touriste japonais », s’amuse-t-il.

Intéressé par l'« effet miroir » suscité par la diffusion d'une pièce sur les Khmers de France auprès des Français du Cambodge, l'auteur a conclu la lecture par un débat avec le public du centre Bophana.

Écrit par A.L.G.

Lundi, 16 Août 2010 10:04 

Article du Cambodge Soir